La comparaison d'écritures

Il s'agit ici de présenter rapidement la comparaison d'écritures manuscrites et de corriger quelques idées reçues sur cette pratique.

Activité la plus ancienne de la criminalistique, elle est pourtant souvent confondue aujourd'hui avec la graphologie dans sa nature, ses objectifs et ses moyens, ce qui lui porte un tort considérable.

Un rappel de faits historiques précédera un exposé rapide de sa méthode et de sa spécificité fondamentale (désignation ou exclusion d'auteur).

Un peu d'Histoire

Activité quotidienne aujourd’hui maîtrisée par une très large part de la population, l’écriture résulte d’un processus complexe, mélange d’impulsions motrices, physiologiques et neurologiques liées.

La pratique criminalistique qui lui est associée, la comparaison d'écritures manuscrites, est sans conteste la plus ancienne et la plus universelle de toutes.

Pratiquée dès l’Égypte antique pour identifier les sceaux pharaoniques, elle connaît une première tentative de classification au sixième siècle de l'ère chrétienne, lorsque l'empereur romain Justinien pose les règles de son utilisation dans un cadre judiciaire dans son Codex [1].

Il y enjoint au juge de désigner un « savant » doué dans l'art d'écrire, et qui devra se prononcer sur l'authenticité des écrits litigieux.

Même si la démarche n'a pas encore de caractère scientifique au sens où nous l'entendons aujourd'hui, elle est suffisamment rigoureuse pour être reprise et améliorée par les futurs royaumes européens tels que l'Espagne ou la France. En effet, à cette époque, la méthode était simplement basée sur la ressemblance des écrits entre eux. Sous l'Ancien Régime par exemple, les membres de la corporation des « maîtres écrivains » pouvaient être sollicités pour l’expertise des écritures et des signatures.

C'est ce qui arriva en 1569, lorsque le secrétaire de Charles IX fut confondu par des maîtres écrivains parisiens pour une affaire d'imitation de la signature royale. Jugé et reconnu coupable, le secrétaire fut pendu [2].

Plus près de nous, et pour évoquer un aspect moins glorieux de l'histoire de la criminalistique, tout le monde peut se remémorer les affaires Grégory ou Raddad en France.

  

  

Aujourd'hui encore, à l'heure d'internet et de la dématérialisation, tous les grands laboratoires de sciences forensiques mondiaux possèdent une cellule spécialisée dans la matière, nécessaire pour traiter toutes les problématiques ayant trait aux « documents » quels qu'ils puissent être.

Si la comparaison d'écritures n'est pas aujourd'hui la plus connue des activités de la criminalistique, elle en fait partie intégrante. Légitimés par ses succès, aiguillés par ses échecs, ses pratiquants techniciens ou experts ont su refonder cette activité. De cette façon, bien qu'entourée de pratiques qui ont l'avantage d'être basées sur des sciences « dures », la comparaison d'écritures garde toute sa place au sein de la criminalistique. Mais comment la qualifier ?

   

Au cœur de la science

Nous pourrions résumer cette activité en affirmant que le rôle de l’expert en écriture est de répondre à la question : « Qui a écrit quoi ? ».

Le caractère direct de l’interrogation souligne la particularité remarquable de la comparaison d’écritures par rapport aux autres activités criminalistiques. Elle permet, dans le meilleur des cas, l’identification formelle de scripteurs anonymes, ou à l’inverse, d’exclure des personnes soupçonnées.

De manière générale, l’expertise en écritures consiste à comparer l’écriture d’un document de question (lettre anonyme ou document manuscrit de toute sorte) à celles de personnes suspectées. Pour cela, elle suit un cheminement intellectuel rigoureux, codifié dans une méthode de travail exhaustive et standardisée. Cette procédure est partagée, à quelques nuances locales près, par les experts au niveau mondial, que ce soit au sein de l’IRCGN français, du FBI aux Etats Unis ou du BKA allemand. La comparaison d’écritures ne doit absolument pas être confondue avec la graphologie, dont les pratiquants prétendent interpréter la psychologie d’un individu par l’étude de son écriture et dont les fondements restent très contestés.

En pratique, la comparaison d’écritures consiste tout d’abord à relever les caractéristiques graphiques des écrits, regroupés en une douzaine de grandes catégories, composées elles-mêmes de plusieurs dizaines de caractéristiques. Puis, l’expert évalue, lors d’une étude technique, le poids à accorder aux différences et similitudes relevées entre les écrits de question et les écrits de comparaison.

Si ce schéma d’analyse et d’évaluation est commun à toutes les sciences forensiques, la comparaison d’écritures se distingue sur deux points majeurs :

     - Toute la partie analytique est effectuée par le technicien, sans la médiation de machines ;

     - Il n'existe pas de référentiel intangible pour caractériser l'écriture d'un scripteur, du fait de son infinie variété, même au sein d'une langue ou d'un alphabet donné.

A eux-seuls, ces 2 facteurs expliquent la longueur de la formation d'un expert en écriture, de 4 ans minimum à l'IRCGN.

Dans un dossier typique, le nombre total de caractéristiques théoriquement observables -et donc à comparer entre elles par la suite- est d’environ 400, et l’expert ne travaillera jamais sur moins d’une centaine d’entre elles.

Outre cette obligation d’exhaustivité, la comparaison entre plusieurs écrits se complexifie dès lors que s’y mêlent les notions de déguisement et d'imitation. Ces moyens, qui servent à travestir l’authenticité d’une écriture, peuvent être confondus dans leurs effets avec les caractéristiques d’une écriture altérée par des raisons naturelles (infirmités, maladies, vieillesse, inconfort…) et rendent encore plus délicat le travail d’évaluation. Une écriture tremblée, quant à elle, peut témoigner d’une tentative de déguisement mais peut également résulter d’un support non adapté ou simplement appartenir à un scripteur malhabile ou d’un certain âge… Enfin, les techniques informatiques et d’impression modernes peuvent complexifier grandement la tâche de l'expert.

   

La portée de la comparaison d'écritures

Basée sur une activité commune et maîtrisée par une large part de la population, la comparaison d'écritures manuscrites est une pratique à l'histoire ancienne qui continue de donner des résultats forts à l'ère moderne et dont l'approche au niveau criminalistique nécessite une formation longue ainsi que l’application de méthodes rigoureuses.

  

Sources

1 : Baker, Newton, "Law of Disputed and Forged Documents", The Michie Company, 1955, pp.1-11

2 : Hébrard, Jean, L'art du maître écrivain en France entre 16e et 18e siècle -article- in Mélanges de l'école française de Rome. Italie et Méditerranée. 1995, volume 107, numéro 2, pages 473-523 ou cliquez ici

  

Pour aller plus loin...

Sous la direction d'Anne-Marie Christin, Histoire de l'écriture, de l'idéogramme au multimédia, 2012 (réédition), édition Flammarion.

Sedeyn, Marie-Jeanne, Délits d'écrits, 2002, éditions alternatives.

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