Les traces papillaires ensanglantées

Lors d'un crime de sang, il arrive fréquemment de retrouver sur les lieux des traces papillaires ensanglantées. Ces éléments sont des témoins privilégiés du crime qu'il faut absolument exploiter et « faire parler ».

Les traces papillaires ensanglantées résultent dans la plupart des cas de la manipulation d'un objet ou d'un support lorsque du sang est présent sur les mains. Toutefois, elles proviennent également de l'apposition d'une trace papillaire dans du sang ou, dans une moindre mesure, de la projection de sang sur une trace papillaire déjà apposée.

Ces traces sont alors exploitées sous un angle pluridisciplinaire afin de déterminer :

     - qui est l'auteur de la trace papillaire (exploitation des empreintes digitales , palmaires ou plantaires) ;

     - à qui appartient le sang (recherche ADN) ;

     - d'éventuels phénomènes mécaniques en jeu (morphoanalyse des traces de projection, transfert…) permettant de comprendre le déroulement des événements.

Même si les différentes sources s'entremêlent parfois (victime, auteur, témoin, secours), les traces papillaires ensanglantées conservent la capacité d'associer l'auteur de la trace (l'auteur du crime par exemple) avec le sang de la victime. Ces indices s'avèrent donc être des éléments cruciaux dans la résolution des enquêtes judiciaires.

  

Qu'est-ce qu'une trace papillaire ?

Les traces papillaires regroupent l’ensemble des traces laissées (souvent de manière involontaire) sur un support par l’apposition d’une zone de la peau présentant des crêtes papillaires. Il s’agit de la face interne des mains (zones digitales et palmaires) mais aussi des pieds (zones plantaires). Le dessin papillaire présent sur ces différentes zones étant permanent et unique, il est donc possible, à partir d'une trace papillaire, d'identifier son auteur.

  

L'exploitation de ces traces est-elle récente ?

La 1ère affaire criminelle résolue grâce à l'exploitation des empreintes digitales impliquait des traces ensanglantées. En 1892, un double infanticide eut lieu à Necochea en Argentine. La mère des 2 victimes, Francisca Rojas, accusa son voisin de l'avoir assommée et d'avoir poignardé ses enfants. Ce dernier niant les faits, des constatations judiciaires furent réalisées au domicile des victimes. Deux traces digitales ensanglantées furent alors retrouvées dans l'encadrement d'une porte. La comparaison des traces avec les encrages de la mère des victimes permit de conforter ses aveux, obtenus à l'époque, sous la pression des policiers.

    

Quelle est la spécificité des traces papillaires ensanglantées ?

Les traces ensanglantées nécessitent de suivre un protocole spécifique et des séquences de traitement différentes. Cela tient de la composition chimique particulière du contaminant sanguin.En effet, le sang est un liquide aqueux qui contient notamment de l'hémoglobine, une protéine contenant du fer ou molécule à hème.

Comme bien souvent, les traces papillaires ensanglantées retrouvées sur des objets ou sur la scène de crime ne peuvent être exploitées en l'état. Elles manquent de contraste, sont peu visibles voire latentes (i.e. nécessitant un traitement afin d'être révélées). L'expert en dactyloscopie va donc utiliser des procédés physico-chimiques afin de révéler ou de rehausser ces traces (pour améliorer le contraste avec le support.

La première étape concerne les propriétés optiques du sang qui a la particularité d'absorber les longueurs d'onde proches de 415 nm (i.e. couleur violette dans le spectre du visible). En éclairant une trace ensanglantée avec une lumière violette, celle-ci va s'assombrir. Il est alors possible de créer un contraste suffisant avec le support permettant la prise d'une photographie exploitable.

Trace ensanglantée en lumière visible et sous 415 nm

  

La seconde étape nécessite l'emploi de réactifs chimiques, en l’occurrence de colorants à protéines. Les colorants à protéines ne sont pas des réactifs spécifiques du sang. Toutefois, il apparaît une attraction électrostatique entre les colorants (chargés négativement) et les protéines (chargées positivement) présentes dans le sang. La trace papillaire est d'abord fixée par un produit chimique puis le colorant est appliqué. La trace est ensuite rincée à l'eau. Cette phase est très importante puisqu'elle permet de retirer le colorant en excès là où il n'existe pas d’interaction pour le retenir (notamment sur le support). On obtient alors une trace dite rehaussée (colorée et/ou fluorescente) alors que le support ne l'est pas. Il est ainsi possible, en utilisant l'éclairage et la longueur d'onde adéquats, de contraster les traces ensanglantées du support, même lorsque les quantités de sang sont très faibles. Il suffit donc de sélectionner le colorant à appliquer en fonction du contraste à obtenir et des propriétés optiques du support.

Traitement au noir amido et à l'acid yellow 7

   

Les traitements employés au département Empreintes Digitales étant compatibles avec une recherche ADN, l'expert a alors la possibilité d'effectuer les prélèvements biologiques avant ou après avoir rehaussé la trace afin d'en déterminer l'origine. Les quantités de sang disponibles ainsi que les informations papillaires déjà visibles déterminent la séquence à adopter.

Les traces papillaires sont ensuite photographiées et exploitées. Elles sont ainsi comparées aux encrages de la victime, d'un éventuel suspect, des témoins ou des secours ayant eu à intervenir. En cas de comparaison négative, elles sont alors confrontées à la base du Fichier Automatisé des Empreintes Digitales, dans laquelle sont enregistrés les relevés décadactylaires et palmaires de toute personne ayant été signalisée.

Décret n° 2015-1580 du 2 décembre 2015 modifiant le décret n° 87-249 du 8 avril 1987 relatif au fichier automatisé des empreintes digitales géré par le ministère de l'intérieur, [décret en ligne]. 

Ces techniques s'appliquent également à d'autres traces criminalistiques contaminées par du sang. Les traces de semelle, retrouvées sur le sol ou sur des objets (comme des documents), sont également rehaussées de cette manière lorsqu'elles sont contaminées par du sang.

Traces de semelles ensanglantées rehaussées au noir amido

   

Il existe actuellement de nombreux colorants à protéines (amido black, acid yellow 7, éosine, phloxine, acid violet 17, coomassie blue, hungarian red…). Ils proviennent, pour la plupart, de la recherche médicale et ont été détournés par les experts en dactyloscopie pour être exploités à des fins criminalistiques. Désormais, les recherches se portent sur des molécules répondant à nos besoins spécifiques (nouveaux colorants, nanoparticules fonctionnalisées...). L'objectif est d'obtenir des molécules plus sensibles, ayant un signal lumineux plus intense, permettant de rehausser des quantités de sang toujours plus faibles. Le département Empreintes Digitales participe à ces recherches et assure une veille technologique en la matière.

  

Source

PITHON A., HENROT D., THIBURCE N., JEGOU. J. A  new formulation of acid yellow 7 with ethanol/water based sytem. Can. Soc. For. Sci., 2012, 45, p6-13.

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