Les chiens de la Gendarmerie spécialisés dans la Recherche de Produits Accélérateurs d'Incendies : un outil de travail unique nécessaire et efficace

Les incendies volontaires, délictuels ou criminels, font aujourd'hui partie des infractions les plus fréquemment commises. Afin d'illustrer ces propos, mentionnons que 300700 incendies ont été comptabilisés par les services de secours sur l'année 2015 [1], ce qui représente environ 824 incendies déclarés par jour et 34 par heure. Leurs conséquences comprennent non seulement des dégâts matériels qui peuvent se révéler très importants, mais également des blessures corporelles voire au décès de victimes.

Arson is today one of the most frequently committed crimes. This is illustrated by the fact that 300700 fires were recorded by safety services in 2015 [1], representing 824 fires per day or 34 per hour. Their consequences include not only material damage, which can be very serious, but also human injuries or even death.

L'intérêt des investigations et le rôle des laboratoires

Ainsi, si un feu survient dans des circonstances suspicieuses, le site incendié est investigué par les Techniciens en Identification Criminelle (TIC) afin de déterminer s'il s'agit d'un accident ou s'il a été initié intentionnellement. Pour plus, d'informations, retrouvez un article sur le sujet ICI.

Pour ce faire, ils procèdent au déblaiement de la zone sinistrée afin de mettre en évidence des traces laissées par l'incendie, qui permettront aux TIC de localiser les zones dans lesquelles un produit accélérant a pu être déversé aux fins d'initier l'incendie. Les laboratoires compétents procèdent ensuite aux analyses des résidus prélevés.

La détermination de la cause d'un incendie, outre les éléments de l'enquête judiciaire proprement dite effectuée par les personnels enquêteurs, ainsi que les investigations sur le lieu effectuées par les TIC, inclut donc également la recherche de produits accélérants dans les résidus en question.

Précisons qu'un produit accélérant se définit comme tout matériau utilisé pour initier ou faciliter le développement d'un incendie. Les accélérants les plus courants sont des liquides combustibles ou inflammables. La notion d'accélérant tient donc davantage à son utilisation qu'à sa structure chimique [2].

Ces produits incluent notamment les alcools, l'essence, le white-spirit, le kérosène, le gazole et le fioul.

 

Ces analyses peuvent s'avérer d'autant plus déterminantes lorsque l'investigation est rendue difficile suite à des dégâts très importants ou lorsque les éléments de l'enquête sont insuffisants ou nécessitent des confirmations techniques. La nécessité de réaliser des prélèvements précisément dans les zones où il est probable qu'un produit accélérant ait pu être déversé revêt donc une importance capitale.

 

Des chiens uniques au service des enquêteurs

Afin de confirmer la présence de composés organiques volatils pouvant caractériser la présence d'un produit accélérant, au niveau des zones mises en évidence par le TIC, ce dernier dispose d'un matériel portatif, à savoir le détecteur d'hydrocarbures.

 

Le technicien peut cependant être confronté à des situations pour lesquelles il n'aura pas la possibilité de procéder à un déblaiement et de ce fait d'utiliser ce détecteur. Il s'agira notamment des zones sinistrées étendues et/ou peu voire non accessibles.

Dans ces cas, le TIC dispose d'un second outil permettant la détection de composés organiques volatils, à savoir le chien spécialisé en Recherche de Produits Accélérateurs d'Incendies dit chien RPAI ou, plus communément appelé chien incendie.

 

Ceux-ci sont formés au Centre National d'Instruction Cynophile de la Gendarmerie (CNICG) à GRAMAT (46).

Au sein de cette école, il a été crée le 01/02/2002 le Groupe National d'Investigations Cynophile (GNIC). Ce groupe comprend des chiens spécialisés en recherche de produits accélérateurs d'incendies, d'explosifs, de restes humains, de traces de sang humain et de pistage de personne vivante.

Cette unité a une double vocation. Elle a d'une part un rôle opérationnel afin d'apporter son concours dans l'analyse de scènes de crime et d'autre part, un rôle d'expérimentation de nouvelles technicités. La spécialité RPAI a notamment été mise en œuvre par le GNIC avant que les régions ne soient dotées de chiens RPAI.

 

Ainsi, 10 chiens sont formés à ce jour à la recherche de produit accélérateurs d'incendies, dont 9 répartis au niveau national dans les Groupes d'Investigations Cynophile (GIC) des départements de l'Aisne (02), des Bouches du Rhône (13), du Calvados (14), du Doubs (25), de l'Ille-et-Vilaine (35), de l'Indre-et-Loire (37), du Maine-et-Loire (49), de la Moselle (57), des Yvelines (78) et 1 au sein du GNIC.

Cette formation de 14 semaines permet la mémorisation par le chien de 7 produits inflammables, représentant une liste suffisamment exhaustive des produits liquides les plus couramment utilisés par les incendiaires.

 

Un outil complémentaire voire indispensable dans certaines situations

Comparativement au TIC équipé du détecteur d'hydrocarbures, l'intérêt principal du chien réside dans le fait qu'il a la faculté de couvrir très rapidement une grande superficie et d'évoluer dans un environnement fortement dégradé ou détruit.

Les cynotechniciens (maîtres chiens) s'adaptant complètement aux besoins des TIC, outre les situations exposées supra, ils peuvent faire évoluer leur chien selon des configurations différentes.

Ils peuvent se déplacer sur un sinistre pour lequel le TIC a déjà réalisé ses prélèvements. Dans ce cas, le travail du chien aura pour but de confirmer que ceux-ci ont bien été effectués dans les zones où des composés organiques volatils étaient effectivement présents.

Les cynotechniciens peuvent aussi se déplacer lorsque l'enquêteur désire savoir si une personne soupçonnée et interpellée sur le lieu d'un sinistre a manipulé du carburant. Dans ce cas, le chien RPAI pourra procéder à une recherche de produit accélérant sur les vêtements de la personne en question, au même titre qu'un marquage de produit stupéfiant.

Une quarantaine d'interventions est effectuée annuellement par chaque chien RPAI.

  

Des chiffres qui démontrent l'efficacité des chiens RPAI

Comprenant l'intérêt de cet outil de travail, l'unité d'expertise incendies de l'IRCGN a procédé sur trois années successives à un recensement des dossiers lui étant adressés et relatifs à des prélèvements issus de marquages d'un chien RPAI.

Il s'avère que les dossiers en question représentent 200 prélèvements, soit environ 4 marquages effectués par scène et qu'en moyenne, 78% de ces dossiers ont été identifiés comme étant positifs. Afin de préciser ce chiffre, mentionnons qu'un dossier positif signifie que les analyses en laboratoire mettent en évidence des hydrocarbures dans ces prélèvements, issus soit d'une dégradation de matière plastique, soit d'un produit accélérant.

Cette confusion concernant l'origine des composés organiques volatils n'est pas spécifique au chien RPAI puisqu'il en est de même pour le détecteur d'hydrocarbures. De ce fait, le marquage du chien est considéré comme étant positif dans ces cas.

Ils sont en capacité d'intervenir pour tous types d'affaires et dans tous milieux, à l'exception des incendies de véhicules compte tenu des risques de blessures liés aux nombreuses parties métalliques saillantes présentes et du fait de la forte concentration en matériaux plastiques dans ceux-ci.

Ainsi, tous types de supports peuvent être prélevés sur les lieux d'un sinistre à l'issue des marquages effectués par un chien RPAI.

 

Pour conclure

Ainsi, les TIC disposent avec le détecteur d'hydrocarbures et le chien RPAI, de deux outils de détection qui peuvent être utilisés indépendamment ou successivement selon les circonstances.

Le travail de ces chiens est donc directement lié aux analyses effectuées au sein de l'unité d'expertise incendies de l'IRCGN, qui a pour mission de confirmer la présence de produit accélérant dans les prélèvements effectués.

L'utilisation d'un chien RPAI dont l'efficacité est avérée est facilitée par la disponibilité des cynotechniciens qui permet aux enquêteurs des régions non pourvues de chiens RPAI, de faire appel aux GIC des régions extérieures.

L'engagement des cynotechniciens associé à l'efficacité des chiens RPAI représentent donc un outil réellement indispensable notamment dans les situations décrites supra.

 

Sources

Cet article a été rédigé en concertation avec des maîtres chiens RPAI. Il fait suite à cet article paru sur le site l'Actu.fr.

[1] Les statistiques des services d'incendie et de secours - Ministère de l'Intérieur

[2] ASTM E1618-14 - Standard Test Method for Ignitable Liquid Residues in Extracts from Fire Debris Samples by Gas Chromatography-Mass Spectrometry (issue de l'ASTM E1387-01)

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