Quand botanique et sécurité routière se rencontrent : identification et dosage du cannabis dans le sang

Les effets des stupéfiants augmentant significativement le risque d’accident de la route, la consommation de drogues, par les usagers et en particulier les conducteurs, fait l’objet d’un dépistage, d’une traque par les forces de Police et de Gendarmerie. Dans le cadre réglementaire actuel, ces substances sont recherchées dans la salive, l’urine et le sang selon des méthodes qui leur sont spécifiques (en raison de leurs propriétés physicochimiques). Dans ce contexte, les cannabinoïdes sont décelés et dosés au département Toxicologie selon une méthode robuste et exacte, développée et validée sur site.

Qu'appelle-ton Cannabis ?

Le chanvre (Cannabis sativa L.) est une plante herbacée de la famille des Cannabaceae, désormais considérée comme l'unique espèce du genre botanique Cannabis, mais divisée en plusieurs phénotypes pouvant être décrits comme sous-espèces et variétés. Pour les botanistes, Cannabis sativa est une espèce du genre botanique Cannabis à laquelle les scientifiques ont attribué l'épithète spécifique sativa (forme féminine de  Sativus, sativa, sativum, qui signifie « cultivé » en latin). [1]

    

Cette plante est connue pour ses effets psychotropes sous le nom de « cannabis », « herbe », « chanvre indien » ou « marijuana », mais elle a aussi une utilisation commerciale et industrielle ancienne en tant que chanvre. Le chanvre est cultivé ainsi depuis environ 4000 ans par l’Homme pour la fabrication de tissus, de cordages, de cosmétiques ou d’aliments, etc.

Le chanvre pousse de façon endémique dans plusieurs régions du monde mais il est aussi cultivé pour la production d'herbe que certains consommateurs vont préférer, la considérant comme « plus naturelle », voire « plus écologique/biologique » que la « résine ».

La résine, également appelée haschich est la poudre brune obtenue par tamisage des feuilles et des sommités florales sèches. Elle est mélangée à divers ingrédients tels que le henné, le curry, la graisse animale/végétale ou encore la cire. Elle est compressée sous forme de plaquettes ou savonnettes dont la taille et le poids sont très variables (100 à 250g). Les résines sont vendues au consommateur sous formes de barrettes de 2 à 10g. [2]

Le cannabis retrouvé en Europe vient essentiellement du Maroc (résine) et des Pays-Bas (herbe).

Molécule de THC

Le Cannabis contient des substances qui lui sont spécifiques, les cannabinoïdes. Parmi la soixantaine de cannabinoïdes présents dans la résine et dans les feuilles de Cannabis sativa, on trouve le Δ9-trans-tétrahydrocannabinol (THC), principal produit psychoactif chez l'homme.

La teneur en THC varie selon le climat et les conditions de culture. Ainsi, des variétés à forte teneur en THC sont obtenues avec des techniques horticoles évoluées (cannabis indoor, cannabis factory…).

Plusieurs études ont été menées afin d'évaluer les concentrations en THC sur les produits de saisies en France. La teneur moyenne dans les résines n'a cessé d'augmenter. Les statistiques nous apportent les données suivantes :

- 11% en 2010 

- 17 % en 2013

- 20,7 % en 2014 (+18 % par rapport à 2013)

- 22% en 2015.

Le taux maximum de THC relevé dans la résine est de 48 % en 2015. [3]

    

Le détournement illicite

Le cannabis disponible en France est désigné sous de multiples appellations dont les références sont multiples : origine géographique, variété spécifique, mode de culture pour l'herbe ou encore à une qualité supérieure. Le Cannabis est disponible en France sous les appellations : marijuana, afghan, marocain, haschich, ganja, beuh, shit, etc. ; la résine est vendue en barrettes ; l’huile de Cannabis est plus rare.

Le cannabis (végétal, résine et huile) est consommé le plus souvent fumé, soit pur:pétard, soit mélangé à du tabac : joint, mais il est également ingéré : space cakes. [2]

    

Métabolisme

Après inhalation, 15 à 20 % du THC (principale composante psychoactive du cannabis) présent dans la fumée sont absorbés et passent dans le flux sanguin. En raison de sa très forte lipophilie (affinité pour les graisses), le THC se distribue rapidement dans l'organisme et en particulier dans tous les tissus riches en lipides, comme le cerveau.

Au niveau des microsomes hépatiques, le THC subit un métabolisme oxydatif conduisant aux composés suivants :

- Le 11-hydroxy-tétrahydrocannabinol (11-OH-THC), métabolite psychoactif. Lorsque le cannabis est consommé par ingestion, la quasi totalité du THC est métabolisée, principalement en 11-OH-THC, au niveau de la muqueuse intestinale, ce qui se traduit dans le compartiment sanguin par une concentration en 11-OH-THC supérieure à celle du THC.

- Le 11-nor-hydroxy-Δ9-tétrahydrocannabinol (métabolite acide, THC-COOH). Produit de l’oxydation du 11-OH-THC, il ne possède aucune activité pharmacologique. Cet acide commence à apparaître dans le sang dans les minutes qui suivent l'inhalation. Au cours des étapes successives de distribution et de métabolisme du THC, les concentrations en THC-COOH dans le sang augmentent tandis que celles de THC décroissent. [2]

   

Identification et dosage dans le cadre de la sécurité routière

Législation

Selon l'article R.235-9 du code de la route, l'officier ou l'agent de police judiciaire doit adresser l'échantillon  prélevé (salivaire ou sanguin) ainsi que les résultats des épreuves de dépistage, à un laboratoire de biologie médicale (ou de police scientifique), ou à un expert inscrit en toxicologie sur l'une des listes instituées relative aux experts judiciaires.

L'arrêté prévu à l'article R. 235-4 du code de la route précise les conditions de réalisation des examens de biologie médicale et de conservation des échantillons.

L'article R.235-10 du code de la route stipule que les analyses des prélèvements salivaires et sanguins sont conduites en vue d'établir si la personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Elles le sont dans les conditions définies par l'arrêté prévu à l'article R. 235-4 du code de la route. Ce dernier prévoit que les épreuves de dépistage réalisées à la suite d'un recueil de liquide biologique sont effectuées conformément aux méthodes et dans les conditions prescrites par un arrêté des ministres de la justice et de l'intérieur ainsi que du ministre chargé de la santé, après avis du directeur général de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). [4]

   

Analyse toxicologique

Pour l'heure, le sang constitue la seule matrice utilisée pour réaliser l'identification et le dosage du cannabis dans le cadre de la sécurité routière.

Dans ce contexte, le département Toxicologie de l'IRCGN fait appel à la chromatographie en phase gazeuse (pour la  séparation des substances) couplée à la spectrométrie de masse (pour leur  détection et leur dosage) : cette technique est imposée par l'arrêté du 5 septembre 2001 concernant la sécurité routière.

 Chromatographe en phase gazeuse couplé à un spectromètre de masse

   

Les échantillons subissent un protocole d'extraction et de dérivation favorisant ainsi la détection et le dosage des substances d'intérêt en spectrométrie de masse selon une méthode en suivi d’ions sélectionnés (appelée aussi méthode SIM : single ion monitoring).

La loi impose un seuil minimal de détection du THC dans le sang à 1 ng/mL. La méthode employée au département Toxicologie est en capacité de doser le THC sanguin à partir de 0,5 ng/mL.

Les substances concernées sont classés dans le tableau ci-dessous. L'arrêté du 22 février 1990 en vigueur établit leur statut légal.

Famille

Abréviation

Désignation commune

Statut légal

 

THC

D9-Tétrahydrocannabinol

Stupéfiant

Cannabinoïdes

THCCOOH

11-Nor-9-carboxy-D9- tétrahydrocannabinol

Métabolite de stupéfiant

 

11-OHTHC

11-hydroxy-D9-Tétrahydrocannabinol

Métabolite de stupéfiant

Les différentes étapes peuvent être résumées de la manière suivante :

  

Pour conclure

Les méthodes de recherche et de dosage des stupéfiants dans le sang, utilisées dans le cadre de la Sécurité Routière au département Toxicologie, sont incluses dans la portée d’accréditation de l’IRCGN depuis 2008, garantissant une démarche qualité manifeste.

Le dépistage du cannabis dans le cadre de la sécurité routière constitue un maillon important dans la lutte contre les conduites à risques à l'heure où le cannabis se présente comme la drogue illicite la plus consommée. La conduite sous emprise de cannabis multiplie par 1,8 le risque d'être responsable d'un accident mortel de la route et par 15 en cas de consommation conjointe d'alcool. [5]  

   

Perspectives

Depuis une quinzaine d'année, les cannabinoïdes de synthèse ont fait leur apparition et ont été proposés à la vente sur internet. Ces produits provoquent des effets psychoactifs extrêmement puissants, certains jusqu’à 80 fois plus actifs que le THC. Appelés « spice », certaines de ces substances ont été inscrites sur la la liste française des stupéfiants. Ils se présentent le plus souvent sous la forme d’encens ou d’herbe à fumer (mélange de tabac, d’eucalyptus, etc.), ils sont rarement associés au THC naturel. [2] Leur apparition récente pourrait déclencher dans le futur leur considération dans le cadre de la sécurité routière.

Enfin, l'année 2017 va marquer un tournant dans la détection et le dosage des cannabinoïdes en sécurité routière. Les prélèvements sur le terrain devraient pouvoir être constitués de salive et non plus exclusivement de sang. Les textes nécessaires à cette évolution sont sortis récemment ou sont en cours de rédaction.

  

Sources

1 : WIKIPEDIA. Cannabis sativa [en ligne]. < https://fr.wikipedia.org/wiki/Cannabis_sativa > consulté le 06 octobre 2016

2 : KINTZ,Pascal.Traité de Toxicologie médico-judiciaire. 2ème édition. Issy les Moulineaux : Elsevier Masson, 2012. 767 pages.

3 : Base S.T.U.P.S© 2013,2014,2015. Ministère de l'intérieur

4 : LEGIFRANCE. Code de la route. Un site du gouvernement [en ligne]. <https://www.legifrance.gouv.fr>, consulté le 04 octobre 2016

5 : DROGUESINFOSERVICE. Les chiffres clés du cannabis [en ligne]. < http://www.drogues-info-service.fr/Tout-savoir-sur-les-drogues/Les-chiffres-cles/Les-chiffres-cles-du-cannabis > consulté le 04 octobre 2016

                                                                                                                                                                                                                                                                                            

Actualités


Les produits de marquage codés au service de la santé

Dans le cadre de la pandémie Covid 19, les experts de l'IRCGN ont apporté...

Les experts du PJGN à Satory pour l’Edition spéciale du 14 juillet sur France2

VU SUR FRANCE 2 : " Reconstitution d'une scène de crime en direct"

Le PJGN impliqué lors de contrôles coordonnés d'envergure

Le 9 juin 2021 était organisée une vaste opération de contrôle...