Enquêter sur les feux de forêt : un travail de collaboration

Le feu, bien que très utile depuis l’Antiquité, reste une catastrophe lorsqu’il devient incontrôlable. Les dégâts peuvent être aussi bien humains, économiques, financiers ou écologiques. Le concept d'équipes pluridisciplinaires a vu le jour à la fin des années 1990, mais c'est véritablement depuis les événements liés à la « canicule » de 2003 [1], que la recherche des causes des feux de forêt est devenue une préoccupation majeure, notamment pour la protection de la forêt méditerranéenne.

  

Les sens en éveil des différents intervenants

Afin d’identifier les causes d’un feu de forêt, les enquêteurs vont être aidés par les forestiers, les pompiers ainsi que des scientifiques. C’est ensemble qu’ils identifient la cause du sinistre. Pour cela il convient d’observer ou localiser le ou les points d’éclosion du feu. Depuis les équipes au sol, jusque dans les airs avec l’aide d’hélicoptères ou de drones, le terrain est scruté.

Ils sont également à l’écoute des propos, témoignages et des bruits liés au feu tels que des explosions éventuelles ou des crépitements soudains.

Autre sens utilisé par cette équipe pluridisciplinaire, l’odorat. Il convient en effet de sentir le feu, les odeurs d’hydrocarbures ou de gaz, les odeurs de décompositions, de caoutchouc ou de plastiques.

  

Ainsi, vue, ouïe et odorat sont indispensables afin de mener à bien ce type d’investigations.

Trois étapes sont alors nécessaires pour trouver les causes d’un feu de forêt :

     - La localisation du point d'éclosion,

     - La démonstration du mécanisme d'éclosion,

     - L'explication de la propagation du feu à la forêt.

  

Zoom sur le point d'éclosion de l'incendie de forêt

Le point d’éclosion est le point précis du départ de feu. C’est en se basant, notamment sur l’étude de la typologie du terrain, le sens du vent ainsi que son hygrométrie et l’inflammation des arbres que les équipes vont alors trouver les réponses à leurs questions.

 

Les facteurs d'éclosions

La combustion implique la présence de trois éléments, recensés dans le triangle du feu : un combustible, ce qui brûle, un comburant, et une source d’énergie, ce qui active le feu.

L'état de sécheresse, souvent avancé, dans les zones méridionales, accroît la sensibilité de la végétation à l’inflammation. Cependant, l’aptitude du combustible à brûler varie selon la source d’énergie employée. Par exemple, une étincelle ne peut pas enflammer des végétaux ; et les cendres incandescentes ou braises d’une cigarette nécessitent la présence d’un vent ou souffle important pour permettre le départ d’un feu.

Le comburant est naturellement l’oxygène présent dans l’air, dont les courants constituent par ailleurs un facteur aggravant lors d’un départ de feu.

 

Les indices que sème le vent

La connaissance de la direction du vent durant le sinistre, au sol comme dans les cimes d’arbres, permet de remonter jusqu’à la zone d’éclosion de l’incendie.

 

Ce que la typologie du terrain nous apprend

Outre les « traditionnels » modes de propagation de la chaleur (conduction, convection et rayonnement), les spécialistes vont se baser sur l’observation des transports d’objets enflammés, qui peuvent conduire à des sautes de feu.  Ces dernières seront impactées par la direction et le sens du vent, autant que par le relief.

La connaissance du terrain, et les compétences des forestiers sont donc essentielles pour comprendre le phénomène de propagation du feu.

L’étude des premières zones de carbonisation des cimes d’arbres est alors un bon indice. Une fois le feu ayant atteint les cimes, il s’y maintient.

Observer le passage du feu, des buissons aux arbres, en est un autre. Suivant la pente du terrain, cela donne également d’autres indices dans la compréhension de la propagation du feu.

 

Lorsque l'incendie est d'origine humaine

Dès lors que les causes techniques (travaux forestiers, débroussaillage, lignes électriques à haute ou moyenne tension, …) ou humaines (travaux, restes de camping, aires de jeux, véhicules, …) ont été écartées par les enquêteurs, l’origine volontaire de l’incendie peut être envisagée.

En effet, un feu d’origine humaine involontaire laisse des traces. Or, un feu mal éteint peut renaître de ses cendres sous l’action du vent. Dans ce cas-là, le départ de feu concerne principalement les buissons ou branches qui ont récemment été brûlés.

  

Cependant, lorsque les enquêteurs envisagent une origine volontaire, les recherches s’orientent alors vers les produits inflammables se trouvant sur les lieux. Cela peut être une simple allumette, un dispositif de mise à feu à retardement, ou bien, en cherchant un peu plus profondément, et en grattant en surface, une odeur d’hydrocarbures qui se dégage du sol.

  

Le travail des experts scientifiques

Suite à la détection d’hydrocarbures ou d’autres indices matériels, des prélèvements sont effectués par les Techniciens en Identification Criminelle (TIC). Dans des bocaux en verre hermétiques ou des sacs en polyamide, ils y placent les prélèvements, qui sont alors envoyés à des laboratoires spécialisés tel que l’Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale. L’Unité d’Expertise Incendie analyse ensuite ceux-ci afin de déterminer ou non la présence de produits accélérants et de conclure quant à la nature possiblement volontaire de l’incendie de forêt.

Afin d’en apprendre plus sur les possibilités du laboratoire, n’hésitez pas à suivre ce lien vers l'article "L'incendie est-il criminel ?".

  

Source

1 : La France méditerranéenne en feu : retour sur les incendies de forêts de l’été 2003

  

  

Pour en savoir plus sur cette équipe pluridisciplinaire... 

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