Cette arme a t-elle fait feu ?

La gendarmerie est régulièrement confrontée aux armes à feu. On recense près de 800 homicides par an, en France, dont 140 par arme à feu. Ainsi, lorsqu'une telle arme est retrouvée sur une scène de crime, il n'est pas rare de voir les enquêteurs sentir le fût du canon afin de savoir si cette arme a servi récemment. Mais, ce procédé empirique ne repose pas sur une approche scientifique rigoureuse susceptible d’être validée. Afin de répondre à ce problème, l'Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale a développé et validé une méthode analytique dans le but de dater le moment où l'arme a tiré.

Lorsqu’un coup de feu est tiré, la poudre contenue dans la cartouche, principalement composée de nitrocellulose se consume.

Cette combustion est rarement complète et des produits de dégradation sont générés. Ce sont en général des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), dont une partie reste un temps adsorbée sur les parois du canon avant de s'en échapper par les orifices (bouche, culasse, …) [1-4]. Pour plus de détails, vous retrouverez le schéma d'une arme à feu en suivant le lien suivant

  

   

La quantité d'HAP générée lors du tir dépend des conditions de combustion, elles-mêmes fonctions de la poudre, du type d'arme et de son état. La présence d'humidité dans la poudre, une arme non entretenue... sont autant de facteurs favorisant la génération d'HAP.

  

Quelques mots de chimie...

La famille des HAP comprend de nombreuses molécules dont seules quelques-unes ont été sélectionnées pour suivre un tir. Les quatre HAP retenus pour l'analyse sont le naphtalène, le 1-méthylnaphtalène, le 2-méthylnaphtalène et l'acénaphtylène.

  

1-méthylnaphtalène
2-méthylnaphtalène
naphtalène
acénaphtylène

   

Ils sont analysés par chromatographie en phase gazeuse et spectrométrie de masse, après une micro-extraction sur phase solide (Solid Phase Micro Extraction, SPME) [5].

... afin d'introduire les techniques analytiques employées...

Il avait tout d'abord été envisagé de pouvoir dater rétrospectivement le moment du tir.

La méthode consistait, dans un premier temps, à mesurer la teneur en HAP lors de la découverte de l'arme. Ensuite, un technicien effectuait un tir et mesurait la décroissance de la teneur des HAP dans l'arme en fonction du temps. Cela permettait alors d'aboutir à une courbe d'étalonnage. Après un suivi journalier pendant 30 jours, il était possible, en reportant la concentration mesurée lors de la découverte de l'arme, de dater le tir.

Cette technique fonctionne très bien en laboratoire, mais, lors de cas réels sur le terrain, il n'a pas été possible de la mettre en œuvre du fait de l'importance des conditions de conservation des munitions. Il a donc été décidé de se limiter à la seule caractérisation de la réalité ou non d'un tir. La manipulation consiste alors à rechercher la présence de molécules d'intérêt au sein du canon.

Des expériences menées en laboratoire à l'IRCGN ont montré qu’il était possible de détecter la présence des HAP jusqu'à 20 jours après le tir. Ce délai est parfois allongé si l'arme est bouchée dès sa découverte. Lors de la saisie d'une arme sur une scène de crime, l'obturation du canon peut être effectuée très facilement à l'aide de papier d’aluminium et d'un élastique.

La méthode actuellement utilisée ne nécessite qu'une seule mesure et permet donc de déterminer si l'arme a servi récemment ou non. Cette analyse peut être réalisée sur tout type de fusil de calibre 12, 16 et 20 à canon lisse dans des délais très courts. Elle peut même être effectuée dans le temps d'une garde à vue, généralement de 24h. Elle est ainsi utilisée par les enquêteurs pour infirmer ou confirmer les dires d'une personne suspectée. Elle a été mise en œuvre plusieurs fois à l'IRCGN avec des résultats concluants.

  Canons de fusils et munitions associées

   

... permettant la résolution d'affaires criminelles.

Dans un premier dossier concernant un homicide, une arme était susceptible d'avoir été utilisée pour perpétrer ce crime. Mais, à la réception de l'arme par le département balistique de l'IRCGN, celui-ci a constaté que l'état de l'arme semblait incompatible avec un tir. Il fut tout de même décidé de procéder à une caractérisation de tir qui s'est révélée positive. Malgré son état, l'arme avait en effet été utilisée au cours des vingt jours précédents. Le département balistique a donc décidé de poursuivre ses investigations et a démontré qu'il s'agissait bien de l'arme du crime.

Dans un autre dossier, lors d'une opération de police et suite à des tirs sur des gendarmes, plusieurs armes avaient été saisies. Chacun des propriétaires inculpés niait être le tireur, la plupart déclarant que leur arme n'avait pas été utilisée depuis longtemps. Devant le nombre d'armes saisies, le département balistique ne fut pas en mesure de procéder à l'ensemble des comparaisons au cours du temps de la garde à vue. Une caractérisation de tir réalisée sur ces armes a permis de mettre en évidence que deux d’entre elles avaient tiré dans les 20 jours précédant le bouchage du canon. Grâce à cette analyse, les techniciens purent donc se focaliser sur ces deux armes, et rendre un résultat qui se révéla être positif dans l’intervalle du temps de la garde à vue.

La réactivité et l'inter-connectivité entre les différents services (ici le département Balistique et le département Environnement, Incendie, Explosifs) de l'Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale a permis de conclure sur le dossier dans un délai imparti très court.

 

Pour conclure

La caractérisation de tir au moyen de techniques analytiques est donc un outil intéressant et rapide, permettant d’orienter l'enquête et de suggérer éventuellement des analyses complémentaires. Elle peut être réalisée sur tout type de fusil de calibre 12, 16 et 20 à canon lisse dans des délais très courts, compatibles avec ceux d’une garde à vue. Ce protocole pourrait à l’avenir être complété par la recherche, en plus des molécules HAP, des résidus de produits stabilisants présents dans les poudres afin de conduire à des intervalles de probabilité de tir plus étroits.

   

    

Sources

1 : Wilson J., Tebow J.D., Moline K., Time since discharge of shotgun shells, J. Forensic Sci., 2003, 48(6), p. 1298.

2 : Andrasko J., Norberg T., Ståhling S., Time since discharge of shotguns, J. Forensic Sci., 1998, 43 (5), p. 1005.

3 : Andrasko J., Andersson C., A novel application of time since the latest discharge of a shotgun in suspect murder, J. Forensic Sci., 1999, 44 (1), p 205.

4 : Andrasko J.; Ståhling S., Time since discharge of rifles, J. Forensic Sci., 2000, 45 (6), p. 1250

5 : Persin B., Touron P., Mille F., Bernier G., Subercazes T., Evaluation de la date d'un tir,  Can. Soc. Forensic Sci. J., 2007,40(2) , p.65

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